Pablo ou la Vie dans les pampas

Pablo ou la Vie dans les pampas

Entre le roman d’aventures, l’essai politico-social et le récit sentimental, Pablo ou la Vie dans les pampas est un livre exceptionnel pour son époque. Eduarda Mansilla écrit ce texte en français en 1868 alors qu’elle réside à Paris avec son mari, le diplomate argentin Manuel García. La Vie dans les pampas paraît la même année en trois parties dans la revue L’Artiste, puis est réédité en 1869 en un seul volume. Traduit en castillan par l’auteur argentin Lucio Victorio Mansilla (son frère), le texte est ensuite publié dans le journal La Tribuna de Buenos Aires.

La parution de cette œuvre, louée notamment par Victor Hugo et Édouard Laboulaye, marque la vie littéraire de l’époque, d’une part du fait du sexe même de son auteur et d’autre part du fait de la position adoptée par Mansilla, qui dépasse les rigides barrières ethniques, politiques, de genre et de classe sociale qui prévalaient alors.

Eduarda Mansilla dresse un paysage historique et costumbrista de grande valeur, où elle montre la complexité des rapports entre unitaires et fédéraux en nuançant les qualités et les défauts des deux camps, plaide en faveur des gauchos utilisés comme chair à canon dans les guerres, et dénonce la situation des femmes qui sont réduites à leurs rôles de mères et d’épouses, nécessairement passives et confinées aux tâches ménagères.

À travers Pablo ou la Vie dans les pampas, d’une claire finalité didactique, Mansilla critique également le regard méprisant des Européens sur les « sauvages » pays d’Amérique. Elle met ainsi en avant les vertus des nouvelles républiques, tout en rappelant les atrocités commises en Europe.

Pablo est, enfin, un livre précurseur, comme le soutient l’écrivain et critique littéraire María Rosa Lojo dans La Nación : « si on a toujours considéré Une excursion au pays des Ranqueles (1870), de Lucio Victorio Mansilla, comme le texte précurseur de Martín Fierro (1872), par le fort engagement en faveur des “fils de la terre”, par l’inclusion d’événements qui préfigurent les malheurs de Fierro (les gauchos poursuivis qui se réfugient parmi les Indiens […]), on peut dire aussi qu’Eduarda devance son frère. »