Politicien, intellectuel, écrivain, militaire, enseignant, journaliste, Domingo Faustino Sarmiento (San Juan, Argentine, 1811 – Asunción, Paraguay, 1888) est l’une des personnalités les plus complexes et les plus polémiques de son époque. Il faisait partie d’un groupe d’intellectuels, connu sous l’appellation « Génération de 1837 », qui eut une grande influence sur les idées politiques libérales entre les années 1830 et 1880.

Sarmiento est né à San Juan dans un foyer modeste, mais au sein d’une famille cultivée et engagée politiquement. Son père avait été combattant dans les guerres d’indépendance. Il avait pour oncles Justo Santa María de Oro, l’un des principaux acteurs de la Déclaration d’Indépendance, et José Eufrasio Quiroga Sarmiento, évêque de la région de Cuyo. Grâce à son oncle José de Oro, il développa son érudition et ses capacités oratoires.

Quand il termina l’école primaire, sa mère voulut l’envoyer étudier au séminaire de Córdoba, mais Sarmiento refusa. Ne pouvant obtenir une bourse d’étude à Buenos Aires, il resta à San Juan, où il fut témoin des guerres civiles qui ravagèrent la province. Il s’exila à San Francisco del Monte, dans la province de San Luis, avec son oncle, José de Oro, où ils fondèrent une école, de laquelle il devint instituteur à 15 ans.

En 1827, lors de l’invasion de San Juan par les « montoneros » de Juan Facundo Quiroga, il décida de s’incorporer à l’armée unitaire et participa à plusieurs batailles. Quand les fédéraux prirent la ville, il s’exila au Chili. En 1836, il revint à San Juan et fonda son premier journal, El Zonda. Mais, face aux critiques permanentes de Sarmiento, le gouvernement de San Juan appliqua un impôt exorbitant au quotidien, ce qui conduisit à sa fermeture en 1840. Il repartit alors au Chili, où il commença à avoir du succès en tant que journaliste et en tant que conseiller d’éducation des gouvernements successifs.

Parallèlement, il continua son combat politique contre le régime de Juan Manuel de Rosas par le biais de la presse. Ainsi, en 1845, le journal chilien El Progreso entama la publication de son célèbre ouvrage Facundo [Civilizacion et barbarie] où il exposa la thèse centrale de sa pensée libérale. Entre 1845 et 1847, envoyé par le gouvernement chilien, il séjourna dans divers pays d’Amérique, d’Europe et d’Afrique afin d’examiner les différents systèmes d’enseignement. Il tira de ces voyages la matière de son livre Viajes por Europa, África y América (1849), où il souligna l’importance du développement industriel, des communications et de l’éducation.

Dans son livre Argirópolis (1850), Sarmiento promut l’idée d’une confédération dans le bassin de la Plata, constituée par les actuels Argentine, Uruguay et Paraguay et dont la capitale aurait été située sur l’île Martín García (à l’époque sous domination française). Le modèle d’organisation était la Constitution nord-américaine et visait à favoriser l’immigration, l’agriculture et les investissements de capitaux étrangers.

En 1851, il rentra en Argentine et participa à la campagne militaire qui provoqua la chute de Rosas. Puis il entreprit une carrière politique grâce à laquelle il devint sénateur, ministre des Affaires étrangères, ministre de l’Intérieur, gouverneur de San Juan et, enfin, Président de la République argentine entre 1868 et 1874.

Durant sa présidence, Sarmiento mit en place un système éducatif de grande envergure en créant plus de 800 écoles et 140 bibliothèques populaires. Il s’attaqua aux privilèges des latifundistes, mit un terme à la guerre contre le Paraguay (où son fils Domingo avait trouvé la mort en 1866), favorisa l’industrie, développa et modernisa le réseau ferroviaire et le système postal... Il encouragea également l’immigration provenant de l’Europe du Nord, croyant que l’arrivée de Saxons favoriserait le développement industriel et culturel.

À la suite de son mandat, il occupa différents postes officiels. Il créa plusieurs journaux et périodiques, consacrés à l’éducation ou à la politique. En 1883, il publia le premier volume de Conflicto y armonias de las razas en América, analyse raciale du peuplement américain inspirée par le positivisme et le darwinisme social. En 1884, il obtint l’approbation de son ancien projet d’éducation offrant une école universelle, obligatoire, gratuite et laïque.

En tant qu’écrivain, son influence fut considérable sur la littérature de l’Amérique du Sud. Son œuvre, qui recouvre 53 volumes dans l’édition intégrale, couvre un large éventail de genres et de thèmes, allant du journalisme à l’autobiographie, et de la philosophie politique à l’historiographie. Bien que négligée par la hâte de l’information et de la controverse, sa prose est convaincante, généreuse en adjectifs précis, et chargée d’images bouleversantes. Portée en permanence par l’engagement politique, son écriture représente une source d’inspiration pour de nombreux écrivains, en Argentine comme ailleurs.

 


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