Eduarda Damasia Mansilla (Buenos Aires, 1834 – 1892) est l'écrivaine argentine la plus notable du XIXe siècle, l'une des premières à se forger un nom pour son travail littéraire et, pourtant, l'une des plus oubliées de l'histoire de la littérature de son pays.

Sa famille faisait partie de l'élite sociale, politique et culturelle de Buenos Aires. Son père était le général Lucio Norberto Mansilla, officier de San Martín dans les guerres d'indépendance, gouverneur de la province d'Entre Ríos et commandant des troupes qui ont combattu dans la bataille de la Vuelta de Obligado. Sa mère, Doña Agustina Ortiz de Rosas, était la sœur de Juan Manuel de Rosas, le principal dirigeant de la Confédération Argentine pendant plus de vingt ans.

Eduarda Mansilla et son frère, l'ineffable Lucio Victorio, furent éduqués dans le cercle intime de Rosas. Elle était, sans aucun doute, la nièce préférée de son oncle et, toute petite déjà, se faisait remarquer par son intelligence. Une anecdote témoigne de son enfance au cœur du pouvoir : en 1845, Louis-Philippe avait envoyé à Buenos Aires le comte Walewski pour régler des affaires officielles ; comme Rosas ne parlait pas français, Eduarda Mansilla, qui n'avait que onze ans mais qui parlait quatre langues, fut alors appelée en tant qu'interprète. L'histoire peut paraître invraisemblable, mais Eduarda Mansilla était une fille atypique d'une famille tout aussi atypique.

À vingt ans, Eduarda Mansilla se maria avec Manuel García Aguirre, un jeune homme issu d'une influente famille opposée politiquement à la sienne. À l'époque, on parlait publiquement de « l'union de Roméo et Juliette ». Quelques années plus tard, Rosas étant déjà destitué, Manuel García fut nommé Ministre plénipotentiaire d'Argentine aux États-Unis, puis en Espagne, en France, en Angleterre, en Italie et en Autriche-Hongrie. Ainsi, en accompagnant son époux tout au long de sa carrière diplomatique, Eduarda Mansilla vécut dans les principales villes d'Europe et des États-Unis, ce qui lui permit de connaître les particularités de chaque pays mais aussi de fréquenter les plus grandes personnalités politiques, artistiques et intellectuelles de son époque.

Consciente des difficultés à être reconnue dans un monde intellectuel réservé aux hommes, Eduarda Mansilla utilisa toutes ses ressources économiques et ses relations sociales pour développer sa carrière comme écrivaine. Elle a été l'une des rares auteures argentines du XIXe siècle à pouvoir publier ses travaux et les voir traduits en plusieurs langues.

Son œuvre

Ses œuvres s'inscrivent dans plusieurs genres littéraires : le roman, le théâtre, la littérature enfantine,  l'essai philosophique, le journalisme et la critique musicale. Son premier livre, le roman El médico de San Luis, fut publié à Buenos Aires en 1860, elle fut ainsi la première romancière argentine. Cette œuvre, signée sous le pseudonyme Daniel, montrait déjà une habile rédactrice qui décrivait des ambiances de manière magistrale et qui concevait des personnages avec le savoir-faire d'une écrivaine expérimentée. La même année, elle publia son deuxième roman, Lucía Miranda, également signé avec le nom de son premier fils, Daniel.

En 1868, Eduarda Mansilla publia à Paris, dans la revue L'Artiste, le roman Pablo ou la Vie dans les pampas, écrit originellement en français. Cette œuvre, louée par Victor Hugo, Laboulaye et d'autres écrivains de son époque, fut rééditée en format livre en 1869 puis traduite au castillan par Lucio Victorio Mansilla et publiée dans le journal La Tribuna de Buenos Aires.

Son travail littéraire continua avec Cuentos (le premier recueil de nouvelles enfantines du Río de la Plata), la pièce de théâtre La Marquesa de Altamira (publiée et représentée à Buenos Aires en 1881), Recuerdos de Viaje (1882), un texte fascinant basé sur ses deux résidences aux États-Unis entre 1860 et 1870.

En 1883, elle publia Creaciones, un recueil de textes divers dont une comédie en un acte, Simila similibus, et deux nouvelles fantastiques, El Ramito de romero et Dos cuerpos en un alma. Son dernier livre, publié en 1885, est le roman court Un amor.

En tant que journaliste, Eduarda Mansilla collabora avec plusieurs magazines et journaux de Buenos Aires dont La Flor del aire, où elle écrivait dans la section théâtre, El Alba et La Gaceta musical. Dans El Plata Ilustrado, où elle était chargée de la section mode, elle publia entre 1871 et 1873, sous le pseudonyme « Alvar », un grand nombre de chroniques et d'articles sur des thèmes de société.

 


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